Vibe coding : c'est quoi, et peut-on vraiment créer une application sans coder ?
Le vibe coding consiste à créer une application en décrivant ce que vous voulez à une IA, en français, au lieu d'écrire le code vous-même. Le terme date de février 2025, et il a été élu mot de l'année par le dictionnaire Collins. La barrière technique est tombée. Ce qui sépare un bricolage d'un outil fiable, c'est le harnais : le cadre de règles et de méthodes dans lequel l'IA travaille pendant qu'elle construit.
D'où vient le mot
C'est Andrej Karpathy, l'un des fondateurs d'OpenAI, qui a lancé l'expression le 2 février 2025. Il décrivait une façon de programmer où l'on s'abandonne complètement à l'IA, au point d'oublier que le code existe : on demande, on accepte, on regarde si ça marche. Il le réservait lui-même à des projets jetables, le temps d'un week-end.
Neuf mois plus tard, le dictionnaire Collins en faisait son mot de l'année 2025. Entre-temps, les outils avaient changé de catégorie. Avec un agent comme Claude Code, on ne génère plus un bout de code à copier-coller : l'IA crée les fichiers, installe ce qu'il faut, lance l'application, lit les erreurs et les corrige elle-même.
Ce que le vibe coding permet vraiment aujourd'hui
Une application web complète, en état de marche : des comptes utilisateurs, une base de données, des paiements, des mails envoyés au bon moment, un tableau de bord. Construite correctement, elle n'a rien à envier à ce que livre une agence.
Mon meilleur exemple, c'est Filco, la plateforme d'évaluation que j'édite pour les écoles : des QCM projetés en classe, des copies pré-corrigées par l'IA, le suivi des apprenants. Le premier commit date du 16 avril 2026. Il m'a fallu un mois pour le construire, et je l'améliore depuis en continu, avec près de mille modifications enregistrées.

Ce qui a vraiment changé ma façon de travailler, ce n'est pas la vitesse de la première version. C'est que le logiciel devient modifiable presque instantanément. Quand un intervenant me signale un bug ou me demande une fonctionnalité, je peux l'intégrer le jour même, ou retirer ce qui ne sert à personne. Le logiciel colle à mes clients au lieu de les obliger à s'adapter à lui.
Pourquoi « juste demander » ne suffit pas : le harnais
Demandez à Claude Code de « créer une application de réservation » et il le fera. Le problème, c'est la façon dont il le fera s'il est livré à lui-même : il choisira des outils au hasard de ses habitudes, rangera vos clés d'accès n'importe où, n'écrira aucun test, et vous laissera une application qui marche en démonstration et casse au premier vrai client.
Le harnais, c'est tout ce qui encadre l'IA pendant qu'elle travaille. Concrètement :

- une stack choisie à l'avance, la même que celle d'un développeur senior (le framework, la base de données, l'hébergement, les services de mail et de paiement) ;
- des règles écrites que l'agent relit à chaque session : ne jamais écrire une clé secrète en clair, vérifier les dépendances avant chaque mise en ligne, ne rien publier sans accord ;
- des procédures prêtes à l'emploi pour les gestes qui reviennent : ajouter des comptes utilisateurs, brancher les paiements, mettre en ligne sur un nom de domaine.
J'utilise le harnais conçu par Flavien Chervet pour Hypervibe. C'est lui qu'on apprend à manier pendant les deux jours de la formation : vous ne repartez pas avec des astuces, vous repartez avec un cadre de travail et votre application en ligne.
Où le vibe coding casse
Il casse dans deux situations. La première, c'est l'absence de harnais : chaque session repart de zéro, l'agent prend des décisions contradictoires d'un jour à l'autre, et le projet devient un empilement que plus personne ne comprend. La seconde, c'est l'ambition mal placée : des fonctionnalités beaucoup trop complexes, empilées avant même que les premières servent.
Les pièges les plus sournois ne font aucun bruit. Sur Filco, un écran a un jour proposé un bouton « Ajouter des étudiants » sur une classe verrouillée. Le serveur refusait l'action, aucune donnée n'a bougé, mais l'écran promettait quelque chose d'impossible, et aucun contrôle automatique ne l'avait vu. Depuis, un script vérifie ce cas précis à chaque mise en ligne. C'est ça, le vrai travail : transformer chaque erreur en règle que l'agent ne pourra plus enfreindre.
Les réflexes que j'impose sur chaque projet :
- ne jamais coller une clé d'accès dans la conversation, elle reste dans l'historique : seul un changement de clé la rend inoffensive ;
- faire écrire des vérifications automatiques en même temps que les fonctionnalités, pas après ;
- sauvegarder la base de données automatiquement, avant d'en avoir besoin ;
- relire ce qui part en ligne, même vite. L'agent prépare, vous publiez.
Vibe coding ou no-code ?
Le no-code vous fait assembler des blocs tout faits dans l'outil d'un éditeur : rapide pour démarrer, mais vous êtes enfermé dans ses modèles, ses limites et son abonnement. Le vibe coding produit du vrai code, le même qu'écrirait un développeur. Il vous appartient, il s'héberge où vous voulez, et rien ne vous empêche de le confier un jour à quelqu'un d'autre.
Les compétences demandées ne sont pas celles d'un développeur. Ce sont celles d'un chef de projet : savoir ce qu'on veut, le décrire clairement, tester, et dire non à la fonctionnalité de trop.
Ce qui vous limite maintenant
La barrière technique est devenue très basse. Ce qui limite désormais, c'est la créativité et, si vous voulez vendre ce que vous construisez, la connaissance de votre marché. La question n'est plus « est-ce que je sais le faire ? » mais « est-ce que ça mérite d'exister ? ».
Pour une entreprise, le meilleur premier projet est rarement un produit à vendre. C'est un outil interne qui n'existe nulle part ailleurs parce qu'il épouse votre façon de travailler. Chez Frigoulette, une chocolaterie de la Drôme, l'administration du site a été construite ainsi : l'équipe ajoute ses produits en quelques clics, et l'écran ne montre que les fonctionnalités qu'elle utilise vraiment.
Questions fréquentes
Que veut dire vibe coding en français ?
Littéralement « coder au feeling ». Le terme désigne le fait de créer une application en décrivant ce que l'on veut à une IA, qui écrit le code, plutôt que de le programmer soi-même. Il a été lancé par Andrej Karpathy en février 2025.
Peut-on créer une vraie application sans savoir coder ?
Oui, à condition de travailler avec une méthode : une stack définie, des règles écrites pour l'IA et des vérifications automatiques. Sans ce cadre, on obtient vite une démonstration qui marche une fois et casse ensuite.
Le vibe coding est-il dangereux pour la sécurité ?
Il l'est quand l'IA travaille sans règles : clés secrètes écrites en clair, dépendances jamais vérifiées, mises en ligne sans relecture. Avec un harnais qui impose ces contrôles à chaque session, le risque redevient celui d'un projet classique.
Quel outil utiliser pour faire du vibe coding ?
J'utilise Claude Code, l'agent de programmation d'Anthropic, inclus dans l'abonnement Claude Pro. Codex chez OpenAI ou Cursor jouent dans la même catégorie. L'outil compte moins que le cadre dans lequel on le fait travailler.
Combien de temps faut-il pour apprendre ?
Deux jours suffisent pour construire une première application et la mettre en ligne, si l'on part d'un projet réel et d'un harnais déjà prêt. C'est le format de la formation Hypervibe.